La plasticité cérébrale, on en parle sans en parler

La plasticité cérébrale, on en parle sans en parler, on en parle mal. Dehors, la pluie mouille la chaussée, la réalité devient glissante, on aimerait chanter en allant à une réunion, on n’y arrive pas. La plasticité cérébrale, on en parle pour dire tout et son contraire, on en parle mal, — et encore — quand on en parle. Un homme a vécu vingt ans avec une barre de fer dans la tête sans se plaindre. On lui a enlevé la barre — il est mort. Son chien, vieux au moment des faits, a aboyé une élégie émouvante. La barre de fer a disparu dans l’indifférence générale. Que faut-il retenir ? Après toutes ces années, que reste-t-il de vrai dans cette histoire ? Lorsqu’on remplace toutes les pièces d’une voiture, est-ce encore la même voiture ? Et les neurones ? Nous savons désormais qu’ils ne sont pas forcément d’accord les uns avec les autres. Mais est-ce qu’ils chantent quand l’un d’eux disparaît dans des circonstances étranges ? Font-ils une marche, comme les éléphants ? Là, les cerisiers japonais sont sur le point de fleurir. La Terre entière attend ce moment, y participe à sa façon. Depuis les salles de réunion qui sentent la moquette neuve, des esprits récalcitrants se mettent en chemin. Ils quittent les corps immobiles, se laissent aspirer par la ventilation, partent en direction des cerisier du Japon. Guidés par un instinct géographique infaillible, comme les oiseaux migrateurs et les anguilles.

les h aspirés

J’aimerais dédier l’heure disparue cette nuit à tous les « h » français, muets ou aspirés, qui, eux non plus, n’ont rien fait pour mériter le sort qui leur est réservé.

Lorsqu’un plat mijote

Lorsqu’un plat mijote sur le feu, le temps ne s’écoule pas du tout de la même manière que lorsqu’il ne mijote pas. Il ralentit et s’épaissit au fur et à mesure que les parties gélatineuses se dissolvent, que les heures aux textures douteuses se ramollissent et fondent. Une sublimation qu’il faut accompagner avec un geste de spatule on ne peut plus tranquille, aussi léger que possible, comme si l’ustensile gravitait autour d’un trou noir tout petit, mais terriblement puissant.

l’économie globale

Contre toute attente, alors que le jour se retire tranquillement derrière les silhouettes des toits à l’ouest, je lance une machine à laver puis je pense à l’économie globale. Non pas simplement *à l’argent*, comme la plupart du temps, non — j’ai très clairement les deux mots, « l’économie » et « globale », distinctement prononcés par ma propre voix dans ma propre tête. C’est comme si je voulais en penser quelque chose, mais, bien entendu, tout est seulement « comme si ». Car que pourrais-je bien penser, n’est-ce pas, de « l’économie globale » ? Je connais ce type de machinations, j’en ai vu d’autres. Souvent, j’entends des mots sans m’en apercevoir puis j’ai comme des avis. Il ne faut pas céder à la panique, ça finit par s’en aller au bout de quelques minutes. Là, par exemple, il ne reste plus que « globale ». Et là, — écoutez : plus que « lobâ », avec un « â » qui ressemble à une expiration, un soupir somme toute assez ordinaire, et finalement apaisant.