En matière d’oxymores paradoxaux

En matière d’oxymores paradoxaux, je préfère par dessus tout les complexités simples, pas chiantes, faciles à appréhender dans le quotidien grâce à leur côté presque naturel et dépourvu de calculs mentaux féroces. Est-ce que je me soucie de la mécanique des fluides en arrière plan d’une vague qui vient rythmer le littoral ? Pas tous les jours. À la place, j’apprécie finalement cette idée que, de toute manière, cela aurait été très objectivement bien au-delà de mes forces. Et même on ne peut plus objectivement, quand on y pense !

Kenny croit marcher

Kenny croit marcher dans ce qu’il prend pour une forêt, c’est comme un vidéo-clip bizarre où la lumière provenant des arbres se déforme en réaction à une présence étrangère, où des espèces de champignons inquiétants surgissent discrètement le long du sentier ; les pas de Kenny sont ambigus, lents et rapides à la fois, leur empreinte dans la mousse est aussitôt effacée par des miliards de micro-organismes dont l’élasticité et la temporalité nous échappent, les bruits de la croissance organique ont une patine de Yamaha DX7 passé par un module de synthèse granulaire, les feuilles vibrent jusqu’aux cœurs des troncs ; Kenny marche et ne voit rien, n’entend rien, persuadé d’être en train de ce qu’il appelle se promener, sa propre respiration lui paraît presque familière.

Rue de la Tourette, numéro dix

À tous ceux qui ont l’intention d’emprunter la Rue de la Tourette (69001) : attention, s’il vous plaît, vigilance. Une catastrophe sanitaire et/ou verbale y est en gestation sous forme d’une bouteille de champagne posée simplement sans plus de précautions sur le rebord d’une fenêtre au deuxième étage, plus précisément au numéro dix, soit le trottoir de l’ouest, ensoleillé le matin et ombragé à cette heure-ci. Je l’ai vue de me propres yeux, deux fois rien qu’aujourd’hui, je l’ai vue résister au vent du sud-est, hésiter, résister encore, faire semblant même de vouloir y demeurer pour toujours tout en refoulant toutes sortes d’idées noires marquées par une irrésistible attirance pour le vide en dessous. Rue de la Tourette. Numéro dix.

Le jour où ça fait « beep »

Il doit y avoir une manifestation sportive dans une rue voisine ce matin. Par la fenêtre ouverte j’entends des applaudissements, des pas de course, lourds sur l’asphalte, des encouragements go go go go, une mobylette qui passe qui n’a rien à voir, des cloches de l’église aussi, un peu hors compétition. J’écoute tout ceci de loin et perds de vue mes objectifs (déjà pas très nombreux, au demeurant). Me voilà dispersé dans une course surprise qui ne me concerne pas, me voilà en train d’oublier le véritable sujet : le jour où ça fait « beep ».

Je n’entends plus parler de l’immobilier

Je n’entends plus parler de l’immobilier. Qu’est-il devenu depuis ? Où est-il passé ? Il n’allait pas très fort il y a quelques temps, ai-je entendu dans une émission, ensuite il aurait, semble-t-il, « repris » sans plus de détails, puis finalement silence radio. Il y a de ces êtres qui parfois s’effacent de la grille des jours sans que l’on s’en aperçoive, qui se retirent des ondes, désactivent leur profil, puis le temps passe et remplit le vide qu’ils ont laissé. Enfin — tout ceci est d’une grande banalité, bien sûr, mais peut-être que la banalité non plus n’a pas spécialement l’intention de nous amuser éternellement ?